Mirza Duraković
Photographer | Filmmaker | Writer
Du baume au diplôme
Du baume au diplôme

« On doit pouvoir parler de sa dépression comme on parle de n'importe quelle autre maladie, comme on dit "j'ai de l'asthme", par exemple, ou "j'ai mal aux genoux". Peu importe. Il faut vraiment que tout ce qui est santé mentale, que ce soit dépression, troubles alimentaires, anxiété ou même un stress lié aux études, on puisse en parler sans que des gens en face nous jugent à cause de ça, ou minimisent la chose ». Lou-Anne, 24 ans, étudiante en tourisme.
La santé mentale des étudiants est un enjeu de santé publique majeur, particulièrement dans un contexte de pandémie, soulignant la nécessité de renforcer la prévention, l’écoute et l'accès aux soins pour tous. Depuis le début de la crise sanitaire en France, ce sujet a fait l’objet de plusieurs articles, manifestations et prises de paroles destinées à mettre en lumière une situation de plus en plus alarmante. En juin 2020, une étude de la Fédération des associations générales étudiantes menée avec Ipsos montrait que 23% des étudiants interrogés avaient eu des pensées suicidaires, tandis que 73% se disaient affectés sur le plan psychologique. Plus récemment, en janvier 2021, une étudiante lyonnaise a menacé de se défenestrer avant d'être rapidement prise en charge, quelques jours après la tentative de suicide d'un autre étudiant à Villeurbanne. Ces situations dramatiques illustrent l’ampleur du problème, qui touche une population étudiante psychologiquement plus fragile en moyenne que la population générale.
Suite au deuxième confinement (du 30 octobre au 15 décembre 2020) et à la médiatisation de nombreux cas de troubles de la santé mentale chez les étudiants, j’ai souhaité réaliser des portraits et des entretiens avec celles et ceux d’entre eux qui ont vécu des épreuves similaires au cours de leur vie et qui ont réussi à trouver une issue, ou simplement une lueur d’espoir. Donner l’image et la parole aux premiers concernés en mettant en avant des récits de parcours de soin encourageants afin de sensibiliser le public, de lutter contre la stigmatisation et de présenter des solutions aux étudiants qui sont dans des situations comparables, telle a été ma démarche, soutenue dès février 2021 par l’association L’Optimiste de la faculté de droit, d’économie et de gestion de l’Université Paris-Cité.
Les portraits et les entretiens de cette exposition sont ceux d’étudiantes et d’étudiants de l’Université Paris-Cité – et d’une personne issue d’une autre université – qui ont surmonté un mal-être, et qui ont choisi de s’exprimer publiquement afin de mettre un corps et des mots sur des situations difficiles qu’ils ont affrontées avec courage et ténacité. Ces jeunes femmes et hommes aux origines et aux parcours différents ont choisi de témoigner afin que d’autres puissent parler de leurs problèmes à leur tour, sans que des gens en face ne les « jugent à cause de ça, ou minimisent la chose ». Ils ont choisi de nous livrer une part intime de leur histoire personnelle dans l’espoir qu’elle puisse aider leurs camarades à aller mieux, alors prenons le temps de les lire, jetons un œil à leur portrait et découvrons leur récit.
Mirza Duraković
Photographe
Instagram
En tant qu'étudiants, les membres de L’Optimiste ont eu à cœur d’organiser un évènement destiné à donner une voix à tous les étudiants qui ont souffert de mal-être à un moment de leur vie, et particulièrement durant les longs et durs mois qui se sont succédés. La gravité des douleurs, des maladies et des problèmes psychiques, en ce qu'ils ne sont pas visibles en apparence, est trop souvent minimisée, ajoutant à la douleur le sentiment d'être incompris. Il est souvent dit que les étudiants sont l’avenir, il est important qu’ils soient écoutés et compris de manière à pouvoir construire leur avenir. L’Optimiste et ses partenaires seront toujours là pour faire entendre ces nombreuses voix.
L’Optimiste
Association d’Art et Culture d'Université Paris Cité
Instagram
Facebook
Projet financé par la Contribution de Vie Étudiante et de Campus (CVEC)
•
d'Université Paris Cité
•
en collaboration avec l'association « L’Optimiste » de la faculté de droit, d'économie et de gestion d'Université Paris Cité

--
Cliquez sur une image pour découvrir le portrait et le résumé de l'entretien associé
![]() | ![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
--
Cliquez ici pour découvrir l'ensemble des portraits
--

« […] on fait notre propre chemin [...] donc il faut chercher les forces en nous et généralement, on les a même si on ne le réalise pas. C'est juste qu'on se dévalorise mentalement, etc. Il ne faut pas se dévaloriser, il faut se raccrocher à des petites choses et surtout, si on en sent la nécessité, il faut en parler. C'est vraiment super important, que ce soit avec des professionnels ou avec des gens de confiance – mais pas avec n'importe qui non plus parce que ça peut être pire pour nous après – et surtout, de croire en soi et de pas abandonner à la première difficulté ».
Elena, 18 ans, est étudiante en droit et ancienne licenciée en athlétisme (demi-fond, cross, 1 000 et 1 500 mètres sur piste). Son mal-être est « apparu en cinquième ». « Au début, ça avait commencé par des scarifications, vraiment un mal-être profond, psychologique. À partir de la quatrième, je suis tombée dans les troubles du comportement alimentaire et je ne m'en suis pas réellement sortie avant la fin de ma terminale ». Hospitalisée à plusieurs reprises, elle garde un souvenir douloureux de ces expériences infructueuses. « Ces hospitalisations – pour moi en tout cas – ça m'a pas aidée du tout. Ça me rendait encore plus mal, parce que je pars du principe que quand on est dans ces troubles du comportement, on se sent seule et on n'a plus vraiment l'envie de vivre. [...] dans mon cas, j'étais enfermée, je n'avais pas de contact avec mes parents, avec l'extérieur, et je pars du principe que ce n'est pas dans ces conditions-là qu'on va redonner [...] l'envie de vivre, à un malade. Et donc, pour moi ça ne m'a pas du tout aidée ». Elle décrit ses troubles du comportement alimentaire comme un phénomène paradoxal, entre désir de contrôle et absence d’emprise sur son propre destin : « Quand on est dans ces troubles-là, généralement on nie, on ne veut pas le montrer, on trouve des excuses […] Mentalement, oui j'étais... J'étais très faible, j'étais démunie, mais d'un autre côté j'avais l'impression d'avoir le contrôle, de contrôler ce qui se passait dans ma vie, de contrôler tout ce qu'il y avait, parce que je contrôlais mon poids. Et je pense que dans ce trouble-là, en tout cas dans l'anorexie – puisque ça a été diagnostiqué comme ça pour moi au début – c'est aussi des caractéristiques... On a besoin d'avoir ce contrôle-là, mais d'un autre côté on n'a aucun contrôle sur ce qui se passe […] quand on est à l'hôpital, gérée par des adultes, des soignants qu'on ne connaît pas, ça veut dire qu'on n'a pas totalement le contrôle ».
Petit à petit, elle a réussi à s’en sortir grâce à ses études, à une grande force intérieure et au sport. « Je me suis raccrochée aux études en me disant que c'était un peu la seule valeur sûre que je pouvais avoir, que tout ce qu'il y avait autour, je n'étais pas sûre. J'étais dans un moment de doute, un petit peu de tout... […] Et après, je m'évadais comme je pouvais dans des livres ou autre, mais... Vraiment, mes études et me dire qu'un jour je m'en sortirai. Et puis le sport aussi, parce qu'à ce moment-là, je faisais encore du sport et j'avais des objectifs assez gros quand même, que ce soit les régionales, les France de cross, voilà... Donc c'est ce qui m'a aidée à tenir ».
Après sa licence, elle aimerait continuer en master. « Quel master exactement ? Je ne sais pas encore. Et plus tard, travailler dans la diplomatie, ce serait quelque chose qui m'intéresserait énormément. […] Parce que j'adore tout ce qui est relations internationales et les liens entre les pays, le fait de pouvoir parler plusieurs langues, les domaines aussi que ça implique que ce soit économique, social, politique... Voilà ».
ENTRETIEN
Mirza – Bonjour Elena.
Elena – Bonjour.
Mirza – Est-ce que tu peux te présenter ?
Elena – Je m'appelle Elena, j'ai 18 ans, je fais des études de droit à l'Institut catholique de Paris. J'ai pratiqué l'athlétisme durant plusieurs années.
Mirza – Est-ce que t'habites à Paris chez tes parents, dans une maison, un appartement ? Comment ça se passe ? Est-ce que tu pourrais nous décrire tes conditions de vie ?
Elena – J'habite en région parisienne, chez mes grands-parents pour mes études, et je retourne chez mes parents une fois par mois, dans le Loir-et-Cher.
Mirza – Et t'es plutôt heureuse de tes conditions de vie ici ?
Elena – Oui, je suis très heureuse, après cette année a été particulière... On n'a pas forcément eu l'occasion de faire beaucoup de rencontres, d'avoir une année scolaire normale, mais en tout cas, en ce qui concerne ma famille, mon logement, ça s'est très bien passé. Il n'y a pas de souci.
Mirza – Tu travailles à côté pour financer tes études ?
Elena – Non... Non, j'ai trop d'heures de cours pour me permettre de travailler à côté...
Mirza – Est-ce que t'as des passions, des hobbies ?
Elena – Oui, j'adore aller au musée. J'aime beaucoup lire et faire du sport. J'adore aussi regarder des films, je passe beaucoup de temps à regarder surtout des films des années 60, des choses comme ça...
Mirza – Ah oui, quels films en particulier ?
Elena – Le dernier film que j'ai regardé, c'était Rocco et ses frères, un film avec Alain Delon. Ce film est juste génial. Après, j'en ai beaucoup que je pourrais citer... J'ai une liste énorme. C'est surtout à partir du premier confinement que j'ai commencé à réellement regarder beaucoup de films comme ça et à m'y intéresser. Ce qui me passionne, c’est l’histoire véhiculée par ces films, le vocabulaire employé, les tenues…
Mirza – D'accord. Et tu parlais de l'athlétisme aussi, tu pratiques encore l'athlétisme ?
Elena – J'ai arrêté l'athlétisme quand je suis arrivée à Paris, et j'avais arrêté un an aussi entre mes 6 ans d'athlétisme suite à des problèmes de périostite. C'est la membrane sur l'os au niveau du tibia qui se décolle... Et donc j'avais dû arrêter. Sinon, j'étais sur le demi-fond. Je faisais les cross et quand j'étais sur piste, 1000 mètres ou 1500.
Mirza – Ça te manque de plus en faire ?
Elena – Ça me manque parce qu'il y avait une ambiance et un esprit d'équipe vraiment formidables dans le club dans lequel - j'étais à l'AJBO à Blois. Mais je continue quand même à courir à côté, toute seule, mais c'est vrai que c'est pas pareil. Avec le club il y avait des compétitions très régulièrement, un week end sur deux ou tous les week ends. C'était une ambiance très sympa.
Mirza – Ok, et tu peux nous parler un peu de tes études cette année ? Comment ça s'est passé - tu parlais un peu du confinement ?
Elena – Oui, j'ai commencé l'année à l'Institut catholique de Paris en Sciences économiques et sociales et sciences politiques, et au début du deuxième semestre, à partir du moment où j'ai eu mes résultats du premier semestre, j'ai demandé à changer et à passer en droit et sciences politiques, toujours à l'Institut catholique de Paris. J'ai eu la chance d'avoir cette demande acceptée au vu de mes résultats du premier semestre. Les deux licences sont très intéressantes, j'ai demandé ce changement par rapport à la profession que j'aimerais exercer plus tard, mais au niveau du suivi ça s'est très bien passé. Au niveau des cours, j'ai trouvé ça très intéressant. Après, c'est vrai que comme on n'a pas forcément eu l'occasion d'être régulièrement avec le groupe de TD ou avec des gens de la licence, c'était un peu compliqué quand on loupait un cours, de le rattraper. Mais en général, ça, c'est quand même bien passé.
Mirza – Et par rapport au sujet du projet, est-ce que tu peux me parler de ton mal-être psychologique, quand est-ce qu'il est apparu et comment il s'est manifesté ?
Elena – Il est apparu en cinquième, je dirais. Au début, ça avait commencé par des scarifications, vraiment un mal être profond, psychologique. À partir de la quatrième, je suis tombée dans les troubles du comportement alimentaire et je ne m'en suis pas réellement sortie avant la fin de ma terminale. J'ai été pendant plusieurs années dans les troubles du comportement alimentaire et mes parents ne l'ont pas su au début. Ils ont commencé à le voir suite à une période où, en seconde, j'ai changé d'établissement en cours d'année et je suis venue chez mes grands-parents en région parisienne. J'ai donc plus vu mes parents pendant une longue période. Mon père était parti en voyage et quand il est revenu - je suis revenue pile à ce moment-là chez mes parents - il m'a dit "ça va pas, c'est plus possible, et je ne m'en étais pas rendu compte mais là, ton état physique, ça ne va pas". A partir de ce moment-là là, j'ai commencé à avoir un suivi régulier - il ne m'a pas laissé repartir pour la suite de mes études - j'ai donc eu ma première hospitalisation. Et avant ça... En troisième, l'année d'avant, ma mère avait retrouvé une fois une feuille de salade dans les toilettes. Donc, elle avait vu que je m'étais fait vomir, mais j'avais nié. Quand on est dans ces troubles-là, généralement on nie, on ne veut pas le montrer, on trouve des excuses - aussi incongrues qu'elle soient, généralement ça passe. Et après, j'ai commencé les hospitalisations. Mentalement, oui j'étais... J'étais très faible, j'étais démunie, mais d'un autre côté j'avais l'impression d'avoir le contrôle, de contrôler ce qui se passait dans ma vie, de contrôler tout ce qu'il y avait, parce que je contrôlais mon poids. Et je pense que dans ce trouble-là, en tout cas dans l'anorexie - puisque ça a été diagnostiqué comme ça pour moi au début - c'est aussi des caractéristiques... On a besoin d'avoir ce contrôle-là, mais d'un autre côté on n'a aucun contrôle sur ce qui se passe. On a le contrôle de notre poids, mais du reste, quand on est à l'hôpital, gérée par des adultes, des soignants qu'on ne connaît pas, ça veut dire qu'on n'a pas totalement le contrôle. Et après, mes hospitalisations se sont enchaînées entre la seconde et la terminale. En seconde, j'en ai pas énormément eues, j'ai pu finir mon année, et c'est à partir de la première que j'en ai eues plus régulièrement. Une semaine par ci, par là, deux semaines, trois semaines, un mois... Et voilà comment c'est arrivé, un petit peu... Il n’y a pas une cause précise. Je pense que ces choses-là, ces troubles du comportement alimentaire, généralement on cherche une cause, mais il y en a pas qu'une seule. Il y a peut être un élément déclencheur, mais après il y a beaucoup de choses qui se rajoutent et puis... La vie n'est pas toute simple, donc... Voilà.
Mirza – Et comment tu te sentais, pendant ces hospitalisations ? Est-ce que ça te permettait de t'en sortir ou au contraire, ça ne marchait pas ?
Elena – Ces hospitalisations - pour moi en tout cas - ça m'a pas aidée du tout. Ça me rendait encore plus mal, parce que je pars du principe que quand on est dans ces troubles du comportement, on se sent seule et on n'a plus vraiment l'envie de vivre. Et à l'hôpital, on y est enfermée - dans mon cas, j'étais enfermée, je n'avais pas de contact avec mes parents, avec l'extérieur - et je pars du principe que ce n'est pas dans ces conditions-là qu'on va redonner envie ou espoir, ou... Oui, l'envie de vivre, à un malade. Et donc, pour moi ça ne m'a pas du tout aidée. Peut-être on dira que ça m'a aidée dans le sens où j'ai repris un petit peu de poids. J'en suis pas... J'en suis pas morte, donc peut-être qu'à un moment ça a été vitalement obligatoire de passer par ce stade-là. Mais au niveau psychologique, je pense que ça m'a pas réellement aidée. Après, j'étais dans une unité, c'était la pédopsychiatrie, donc c'était pas spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire... C'est peut-être aussi pour ça que je n'ai pas eu un suivi vraiment formidable. C'était vraiment pas adapté.
Mirza – Et qu'est-ce qui t'aidait justement, à garder le contact avec la vie et à garder espoir que ça aille mieux ?
Elena – Alors, moi je me raccrochais à mes études. Je me suis raccrochée aux études en me disant que c'était un peu la seule valeur sûre que je pouvais avoir, que tout ce qu'il y avait autour, je n'étais pas sûre. J'étais dans un moment de doute, un petit peu de tout... J'étais perdue, donc je ne savais pas si... Je pouvais pas me fier à mes amis, ma famille ça n'allait pas, donc... C'était vraiment les études. Et après, je m'évadais comme je pouvais dans des livres ou autre, mais... Vraiment, mes études et me dire qu'un jour je m'en sortirai. Et puis le sport aussi, parce qu'à ce moment-là, je faisais encore du sport et j'avais des objectifs assez gros quand même, que ce soit les régionales, les France de cross, voilà... Donc c'est ce qui m'a aidée à tenir.
Mirza – C'est intéressant, j'allais te demander justement - parce que le rapport au corps est particulier dans le sport - comment tu arrives à articuler ça ? Le fait que ton mal-être soit liée à ton alimentation, et à côté les exigences d'une sportive de niveau régional et national ?
Elena – C'est vrai que je fais du sport depuis que je suis toute petite. Depuis que j'ai 3-4 ans, je fais du sport, donc c'est quelque chose qui a toujours été nécessaire pour moi. Au début, oui c'était compliqué parce que je n'arrivais pas à avoir le même niveau que les autres parce que je devais donner deux fois plus d’efforts à cause de mon asthme. Et puis, c'était très dur au niveau des capacités respiratoires, mais finalement, ça s'est bien passé. J'ai commencé à avoir de très bons résultats, j'ai adoré. Néanmoins, un jour j'ai eu un cross et je suis arrivée deuxième, et mon entraîneur qui m'a dit "c'est bien, mais t'es pas arrivée première, et tant que tu ne vomis pas, c’est que je tu ne t’es pas donnée à fond". Et là, sur le coup je me suis dit "c'est vrai que j'aurais pu faire mieux", et après en y réfléchissant je me suis dit "c'est complètement absurde". Et... Bon, ce n'est pas ce qui a déclenché mes troubles du comportement alimentaire, j'en avais déjà à ce moment-là. Mais c'est vrai que c'est aussi un enchaînement et ça fait quelque chose en plus, on se dit "bon...". Ou par exemple quand on nous dit "avec deux kilos de moins t'irais plus vite", ou des choses comme ça, parce que oui, c'est dit à certains moments. Les entraîneurs ne savaient pas que j'avais ces troubles-là, mais c'est des choses qu'on ne doit pas dire à des sportifs ou à quiconque. Ensuite, je suis vraiment rentrée davantage dans les troubles du comportement alimentaire, ça s'est accentué. Et à ce moment-là, ce n'est plus devenu un plaisir mais c'est devenu du sport pour maigrir, où j'en venais à faire quatre heures de sport par jour, à faire du sport à outrance... Et puis quand je perdais du poids, j’étais contente parce que j'allais plus vite... C'est vraiment à double tranchant, parce que ça peut être positif, ça m'a aidée à me sentir bien, mais négatif dans le sens où ça contribuait aussi à mon mal-être physique.
Mirza – C'est très intéressant. Et quand est-ce que ça a commencé à aller mieux, vraiment ? Est-ce qu'il y a eu un événement particulier ou c'était plutôt progressif ?
Elena – Je pense que ça a commencé réellement à aller mieux l’été entre ma première et mon année de terminale. Ça commençait à aller mieux à ce moment-là parce que j'ai réussi à ne plus avoir de suivi médical constant. J'avais juste une fois par semaine une séance de balnéothérapie. C'était quand même compliqué, j'ai quand même eu des hospitalisations au cours de l'année et c'est réellement là, à partir de l'été dernier, où c'est vraiment totalement parti et où j'ai vraiment réussi à m'en sortir. Je n'ai pas d'élément déclencheur ou d'événement particulier qui a fait que j'ai réussi à m'en sortir et que c'est parti.
Mirza – C'est un processus plutôt, c'est ça ?
Elena – C'est ça.
Mirza – D'accord. Et pendant cette année d'études, est-ce qu'il y a des moments où tu repensais à ce qui t'était arrivé, est-ce que t'as eu des moments de doute ?
Elena – Il y a forcément des moments où on y repense, quand on a été six ans dans des mal-êtres comme ça. Il y a forcément des moments où on y repense... Il y a forcément des moments où c'est dur, il y a eu encore certaines fois où je me suis fait vomir, mais je considère être guérie parce que c'est pas parce que ça arrive une fois en un mois que je rechute. Ou quand on pense à avant, où il y avait certaines fois où c'était 7, 10 fois par jour, et là une fois par mois... Oui, je me considère guérie. Et aussi le fait de ne pas penser constamment au poids, de ne pas penser constamment "est-ce que je vais manger ceci, cela...". Parce que c'est vrai que pendant les études, c'est très compliqué. Avant les cours, l'heure de 11 heures à midi à toujours penser à "comment je vais faire pour passer le midi ? Qu'est-ce que je vais pouvoir manger ? Comment je vais faire pour être normale devant les autres ?". Et donc cette année, c'était la première année où, vraiment... Plus besoin de me poser toutes ces questions-là, un rapport au corps plus sain, plus normal. Voilà.
Mirza – Tu penses que le fait de commencer ta vie d'étudiante, ça t'a aidée ?
Elena – Oui, je pense que ça m'a aidée parce que j'ai complètement changé d'air. J'ai fait de nouvelles rencontres, j'ai étudié de nouvelles choses et puis aussi, je pense qu'il y a eu un déclic entre la terminale et la première année d'université. Parce que quand j'étais à l'hôpital, je pensais que je ne pourrais jamais faire mes études. J'avais la volonté, mais d'un autre côté, je pensais que c'était pas possible. Et le fait d'avoir mon bac - même si c'était une année particulière, l'année 2020 on nous l'a donné - mais quand même, le fait de l'avoir eu, d'avoir réussi à avoir mes épreuves anticipées du bac alors que j'étais à l'hôpital à ce moment-là, j'avais juste une permission pour aller les passer. Ça redonne espoir et je pense qu'on se dit "bon, malgré tout ça, j'ai quand même réussi à réussir mes examens, alors maintenant que j'ai réussi ça, il faut que je me donne les moyens d'y arriver pour la suite". Et ça veut dire que si j'y arrive en étant dans ce mal-être là, alors imaginons si je n'étais pas dans ce mal-être, tout ce que je pourrais faire ! Et donc je pense qu'avec toutes ces réflexions-là, je me suis dit "bon, là tu commences autre chose, t'as pas envie de vivre encore ce que t'as vécu les années précédentes, alors donne-toi les moyens que ça ne soit pas comme les années précédentes". Et c'est comme ça que ça m'a permis, je pense, de mieux réussir cette année.
Mirza – D'accord, c'est intéressant. Du coup, il y a eu une sorte de déclic quand même.
Elena – Oui, dans ce sens-là il y a eu une sorte de déclic.
Mirza – Ok, et aujourd'hui, en cette période de confinement, est-ce que t'as eu d'autres moments de doute ? Pas forcément liés aux troubles du comportement alimentaire, mais plus à des situations de stress, d'anxiété ou de dépression ?
Elena – Oui, forcément des petits moments de stress parce que je me mets énormément la pression par rapport aux études. Ça a toujours été quelque chose comme ça et du coup je me mets toujours beaucoup la pression. Et c'est vrai que ce changement de licence, c'était pas du tout prévu. Et ça c'est un peu décidé comme ça, je me suis dit "pourquoi pas ?". Et ça m'a un peu angoissée sur le coup parce que je me suis dit "si t'es pas acceptée, ça veut dire que t'as pas les capacités". Alors qu'on m'avait dit très clairement avant que ça n'arrivait quasiment jamais, que ça n'aurait pas été un problème venant de moi. Et donc, j'ai eu un coup de stress à ce moment-là. Et après... Aussi, vu que je ne suis pas arrivée au début du deuxième semestre - je suis arrivée trois semaines après le début du deuxième semestre - le temps d'adaptation, et là les partiels, ça a quand même été un stress assez important pour moi, dans le sens où je me disais "t'as changé de licence, si t'as pas tes partiels, ça veut dire que tout ça n'aura servi à rien". Ce qui n'est pas le cas, évidemment, mais... Oui, ça a été un moment de stress. Après, j'ai pas encore eu les résultats des partiels (rires), mais ça a été un moment de stress.
Mirza – Et comment il se manifestait, ce stress ? Est-ce qu'il y avait des trucs en particulier, genre des insomnies ?
Elena – Oui, de l'insomnie. Après, j'ai toujours eu des gros troubles du sommeil. Et donc, là oui toujours... Je me souviens qu'avant les épreuves, parfois je dormais deux heures avant l'épreuve, et parfois je dormais même pas du tout. Parce que j'avais énormément de stress qui se manifestait de cette manière-là. Après, ça se manifeste aussi par de l'hyperactivité. Je dois faire plein de choses pour essayer de pas y penser, ou... Sinon, j'ai du mal. Ce qui est bien, c'est que maintenant c'est plus sain qu'avant. Avant, quand j'avais des moments de stress, bah... Ou bien je mangeais pas du tout, ou au contraire, j'allais manger et j'allais me faire vomir. Il y a quand même une évolution à ce stade-là, une évolution du stress et des conséquences qu'il a.
Mirza – Ok. Et qu'est-ce qui te procure du bonheur au quotidien ? Qu'est-ce qui te fait plaisir ?
Elena – C'est vrai que... En fait, il y a un peu de tout maintenant. Après avoir passé tant de temps à l'hôpital - c'est peut-être quelque chose que ça m'a appris - je me satisfais vraiment de petites choses. Dans le sens où si je peux aller une fois... Je ne sais pas, même juste aller boire un verre, ou lire un livre, ou voir un film, ou aller faire une balade dans un cadre particulier, sympa, aller au musée ou voyager... Voyager ou passer du temps avec ma famille, mes amis, c'est vraiment toutes ces choses qui me qui me rendent heureuse. Une bonne note, quelque chose comme ça... C'est pas énorme, mais quand on se dit ce qu'on a traversé, après tout est plus simple, j'ai l'impression qu'un rien suffit.
Mirza – C'est beau, c'est très beau comme message. Est-ce que t'as un conseil particulier à donner aux étudiantes et étudiants qui ont vécu ou qui vivent des situations de mal-être psychologique ?
Elena – Je pense que... Déjà, arrêtez de toujours chercher dans les autres, justement. C'est pas quelqu'un d'autre qui va nous permettre de nous sortir de notre mal-être, qui va nous sauver, c'est en nous-mêmes qu'il faut qu'on cherche les forces. Parce que bien sûr, on peut se reposer sur des gens, mais ça doit venir de nous. C'est nous-mêmes qui avançons dans la vie, on fait notre propre chemin, notre propre parcours, donc il faut chercher les forces en nous et généralement, on les a même si on ne le réalise pas. C'est juste qu'on se dévalorise mentalement, etc… Il ne faut pas se dévaloriser, il faut se raccrocher à des petites choses et surtout, si on en sent la nécessité, il faut en parler. C'est vraiment super important, que ce soit avec des professionnels ou avec des gens de confiance – mais pas avec n'importe qui non plus parce que ça peut être pire pour nous après – et surtout, de croire en soi et de pas abandonner à la première difficulté ». Sinon, j'en serais pas là (rires).
Mirza – Super, merci beaucoup Elena. Est-ce que tu veux aussi nous dire ce que tu comptes faire après ton diplôme et après tes études aussi ?
Elena – Après mon diplôme, j'aimerais bien faire un master. Quel master exactement ? Je ne sais pas encore. Et plus tard, travailler dans la diplomatie, ce serait quelque chose qui m'intéresserait énormément.
Mirza – Pourquoi?
Elena – Pourquoi ? Parce que j'adore tout ce qui est relations internationales et les liens entre les pays, le fait de pouvoir parler plusieurs langues, les domaines aussi que ça implique que ce soit économique, social, politique... Voilà.
Mirza – Ok, merci beaucoup !
--

« Je pense que la notion du temps, c'est un truc qu'on a du mal à intégrer quand on est pas bien. Parce qu'on veut que ça aille mieux tout de suite et maintenant : "je veux comprendre tout de suite, maintenant, je veux que demain j'aille mieux. Je me réveille un matin et mes problèmes s'en vont...". Mais en fait c'est pas vrai, ça prend du temps et on pense que les choses sont figées, mais non [...] Les choses changent, elles peuvent changer et ce qui est là maintenant ne sera pas forcément là demain ou dans un an ».
Émilie, 23 ans, est étudiante en sciences de la vie et de la terre et vient de terminer sa licence. Actuellement en stage au CNRS, elle partage ses journées entre son travail, sa famille, son copain et ses loisirs, principalement la musique et l’équitation. « J'ai commencé l'équitation y a pas longtemps, il y a 3 ans, et c'était un rêve de petite fille en fait. C'était vraiment un rêve de pouvoir faire ça, j'ai jamais pensé à le faire et c'est mon copain qui m'a offert un trimestre pour mon anniversaire. Et là, j'ai commencé [...] c'est hyper reposant. Je pense à autre chose. Je suis pas stressée [...] ça fait beaucoup de bien ». En troisième au collège, elle a commencé à avoir des crises de pleurs : « Le soir, on déprime, tout ça... Je déprimais beaucoup, j'avais besoin d'attention [...] Je pleurais, je cherchais des problèmes à tout le monde [...] au bout d'un moment je me suis dit "ça va pas, faut que je bouge". Je suis allée dans un CMP (Centre médico-psychologique) pour enfants – parce qu'à l'époque j'avais 15-16 ans – et c'est là où j'ai eu un premier contact avec un psychologue, et j'ai été suivie un moment quand même, trois ans là-bas. Ça m'a fait beaucoup de bien d'en parler ».
Aujourd’hui, notamment grâce à la pratique du violon et de l’équitation, au soutien de son entourage et d’un psychologue d’un Bureau d'aide psychologique universitaire (BAPU), elle dit qu’elle a « réussi globalement à aller mieux ». Le temps a également été un facteur déterminant dans son parcours de soin, en lui permettant « de mieux digérer, de comprendre ».
Après sa licence, elle souhaiterait « faire un master d'écologie ». « Je voudrais soit faire de la recherche – toujours dans cette quête de comprendre comment ça fonctionne, comment fonctionne le monde surtout, au point de vue de la nature – et sinon, travailler dans des bureaux d'études [...] toujours dans cette idée de pouvoir continuer nos activités anthropiques, nos activités de développement, tout en respectant la nature ».
ENTRETIEN
Mirza – Bonjour Émilie.
Émilie – Bonjour.
Mirza – Est-ce tu peux te présenter ?
Émilie – Je m'appelle Émilie, j'ai 23 ans, je suis d'origine cambodgienne et je suis étudiante en sciences de la vie et de la terre, où j'ai fini ma licence. Je suis en stage là, au CNRS.
Mirza – Ça se passe bien ?
Émilie – Ouais ça se passe bien, c'est sur les lézards. Et après, je veux être en master d'écologie.
Mirza – Ok, et où est-ce que tu vis en ce moment ? Comment tu décrirais tes conditions de vie ?
Émilie – Alors, je vis chez mon copain à Paris, donc on loue un appartement ensemble. Ça fait pas très longtemps, depuis janvier, et franchement ça se passe bien. Je me sens bien, je voulais partir de chez moi de base donc je suis contente et je fais mon petit cocon quoi.
Mirza – Et tu travailles à côté pour financer tes études ?
Émilie – Non je travaille juste l'été, des fois, pour payer les trucs de l'année que je peux m'offrir. Après sinon, non je travaille pas.
Mirza – Ok, et qu'est-ce que tu fais tes journées en général, dans une année d'études normale ?
Émilie – En général, je suis quelqu'un qui travaille beaucoup. Quand j'ai cours j'y vais et puis après, je rentre et je travaille, je travaille pas mal. Et quand j'ai pas à travailler, je fais rien, juste rien en fait... Après, je regarde mon téléphone, je surfe sur les réseaux sociaux, je regarde la télé et tout. Parfois, je regarde des séries genre des dramas coréens, je regarde aussi des anime et des mangas, tout ça, et je sors avec des amis aussi. J'essaye de sortir avec des amis, parce que j'ai pas trop le temps. Mais on va dire qu'une grande partie de mon temps, c'est travailler, étudier.
Mirza – Et comment tu te sens quand t'étudies ?
Émilie – C'est compliqué... Ça fluctue, des fois, j'y vais, je travaille avec confiance, et des fois je me dis que ce que je fais ne sert à rien. J'ai l'impression que ça rentre pas dans la tête, c'est comme pédaler dans la semoule. Ça n'avance pas. Des fois ça marche bien. Des fois je suis contente d'apprendre des trucs, ça m'intéresse. Et après des fois, quand je suis prise par les enjeux, quand je pense aux notes, le master... Ouais, les choses comme ça, ça prend le dessus sur ce qui m'intéresse le plus, l'écologie, la biologie. Et là ça devient mécanique, j'apprends juste et là je suis moins confiante, je le vis moins bien.
Mirza – Et est-ce que ce que tu fais à côté, ça te permet de relâcher un petit peu cette pression, ça te fait du bien ?
Émilie – Ouais. Il y a un truc qui me fait vraiment beaucoup de bien, c'est l'équitation. J'ai commencé l'équitation y a pas longtemps, il y a 3 ans, et c'était un rêve de petite fille en fait. C'était vraiment un rêve de pouvoir faire ça, j'ai jamais pensé à le faire et c'est mon copain qui m'a offert un trimestre pour mon anniversaire. Et là, j'ai commencé. J’en fais le dimanche, et je sais que là le dimanche après midi, c'est : avec les chevaux, je fais mon sport... En plus c'est excentré, donc on est un peu dans la nature et c'est hyper reposant. Je pense à autre chose. Je suis pas stressée, je pense à autre chose que les cours et tout ça, ça fait beaucoup de bien.
Mirza – C'est intéressant, et à part l'équitation est-ce qu'il y a d'autres choses aussi ?
Émilie – Je fais du violon aussi, mais ça fait un moment que j'en ai pas fait. Mais... La musique et le violon c'est aussi un truc que j'aime beaucoup, que je vais reprendre d'ailleurs là parce que j'ai toujours pensé que je n'avais pas le temps à cause de mon taf, et que j'avais besoin de travailler. Mais au final, en fait, je me rends compte que si je ne fais que travailler, c'est pas productif. Ouais, c'est un truc dont je me suis rendue compte il y a pas longtemps. Il faut que je fasse autre chose, parce que les études sont hyper importantes pour moi mais c’est parce que je fais que ça. Si je fais autre chose... Bah ça m’apporte autre chose et tout ne se joue pas sur mes études, tout n’est pas centré sur mes études. Du coup je me dis que faire du violon, ça va m'apporter autre chose, je vais voir autre chose et ça fait du bien. J'investis mon temps ailleurs et tant pis si j'ai un peu moins de temps pour travailler, mais ça apporte autre chose quoi.
Mirza – Et quand tu joues du violon, tu te sens comment ?
Émilie – Alors, c'est pareil, je pense à autre chose. J’en fais pas souvent mais quand je joue, je suis dans un autre monde en fait. Il y a les études, la musique, l'équitation, et en fait je switche entre ces mondes-là un peu. Des fois je suis vachement que dans les études, donc là je suis dans la bio, etc. Après ça va être la musique, par exemple en ce moment je suis un peu en phase musique, je fais qu’écouter de la musique et je regarde des vidéos de concerts, de violon, de soliste... J'écoute plein de trucs, et parfois ça va être sur le cheval. Regarder des vidéos d'équitation, des trucs ça. Je m'évade.
Mirza – C'est intéressant. Et est-ce que tu veux nous parler de ton mal-être ? Comment il est apparu ?
Émilie – Alors moi, j'ai commencé à pas être bien en troisième, il y a 8-9 ans. Et ça s'est manifesté par des grosses crises de pleurs. Le soir, on déprime, tout ça... Je déprimais beaucoup, j'avais besoin d'attention, j’étais en manque d’attention et je le suis toujours. Et j'avais un groupe d'amis un peu toxique - on ne s'en rend pas compte, c'était pas sain - mais j'avais besoin d'avoir de l'attention, et dans ce groupe toxique on se rejetait un peu entre nous, on se critiquait et tout... J'avais besoin d'être parfaite, de me sentir importante, parce que là-dedans, on ne sentait pas vraiment très importante quoi. Je faisais des trucs un peu où je m'isolais, je demandais de l'attention, et en fait après je pétais des câbles. Je pleurais, je cherchais des problèmes à tout le monde, et à un moment j'ai compris que ça n'allait pas, il fallait que ça cesse. Et aussi en parallèle, quand ça n'allait pas, je me scarifiais les bras. Et ouais, du coup après au bout d'un moment je me suis dit "ça va pas, faut que je bouge". Je suis allée dans un CMP pour enfants - parce qu'à l'époque j'avais 15-16 ans - et c'est là où j'ai eu un premier contact avec un psychologue, et j'ai été suivie un moment quand même, trois ans là-bas. Ça m'a fait beaucoup de bien d'en parler. C'est pas magique, c'est un truc... C'est un travail sur le temps, mais en vrai c'est un soutien au quotidien et ça permet de comprendre en fait. Moi j'ai surtout besoin de comprendre tout ce qui se passe, pourquoi je suis comme ça.
Mirza – C'est pour ça que t'étudies la bio, les sciences du vivant ?
Émilie – Oui, j'adore en fait. J'aime bien comprendre ce qui se passe autour de moi, donc en fait j'ai besoin de comprendre comment les choses fonctionnent. Dans ma tête, autour de moi... C'est ce qui m'intéresse. Mais c'est aussi ce qui pose problème parfois. J'ai perdu la spontanéité, le feeling, le naturel... Parce que dès qu'il m'arrive quelque chose, je vais l'analyser, le décortiquer, savoir pourquoi, comment... En fait ça m'aide, et en même temps, il y à un moment où on rentre dans une boucle un peu vicieuse où j'arrive pas à m'en sortir. Et c'est là que je commence à aller mal parce que je comprends pas, j'essaie de comprendre "mais pourquoi ? Pourquoi je suis comme ça ? Pourquoi je n'y arrive pas ? Pourquoi je me sens mal ? Quels sont les facteurs ? Comment je pourrais faire pour m'en sortir ?". Ce genre de questions-là m'envahissent, mais en même temps ça m'aide.
Mirza – Ce dont tu parles, c'était après le déclic que t'as eu ?
Émilie – Ça m'a suivi tout du long. Au début, un peu moins, et en fait... Ouais, un peu moins au début, je vivais les choses un peu comme elle arrivaient. J'étais pas bien, et je commençais quand même à réfléchir. "Pourquoi j'ai besoin d'attention ? Pourquoi je me mets dans des états pareils ?", parce qu'au bout d'un moment, j'ai même été un peu déscolarisée quand j'étais en première, et j'ai été hospitalisée. Et je me disais "pourquoi je suis comme ça ?". En fait je voulais comprendre la source pour aller mieux, puisque j'ai toujours voulu aller mieux ! Je voulais pas rester comme ça, mais il fallait que je comprenne pourquoi je suis comme ça et après du coup, passer à autre chose ou du moins éviter les choses pour savoir "ok, c'est ça qui fait que je suis pas bien alors quand je sens que ça commence à aller dans ce truc là bas, je m'en vais". Je vais chercher autre chose, je l'évite, ou au moins je sais pourquoi je fais ça et du coup ça m'apaise. Et au fur et à mesure j'ai développé ça, jusqu'à maintenant. J'ai développé ça petit à petit. Un moment, c'était trop, après, j'arrivais à moins le faire. Mais c'est essentiellement ce qui m'a aidée en fait, c'est de chercher à comprendre pourquoi. Pourquoi je suis comme ça.
Mirza – Quand tu faisais cette recherche, tu t'appuyais sur des choses ? Par exemple, tu lisais des articles ou est-ce que tu en parlais à des gens, des professionnels ? Comment ça se passait, cette recherche ?
Émilie – Je parlais surtout avec des psys. Je parlais avec mes amis, avec ma meilleure amie avec qui j'arrivais beaucoup à parler de ça... Je parlais avec les gens qui étaient à même de comprendre mon raisonnement. Parce qu'au bout d'un moment, je me posais des questions existentielles. Parce qu'à force de creuser, creuser, creuser, bah un moment on arrive à un truc... Des questions auxquelles personne n'a la réponse quoi, mais j'essaie de partager ça avec des gens. Avec mon psy surtout. J'ai trouvé un psy récemment, au BAPU, et avec lui c'est de la psychanalyse. J'ai des amis qui me disent que ça ne m'aide pas parce que je suis très anxieuse, et que je devrais apprendre à maîtriser mon anxiété. Mais pour moi, maîtriser mon anxiété, c'est comprendre pourquoi je suis anxieuse, et du coup avec la psychanalyse... Mon psy comprend mes questions, mon raisonnement et du coup on arrive à trouver des choses ensemble. Et vraiment, ça m'aide. Ça m'aide à m'ouvrir, à me rendre compte de certaines choses et de me dire des fois "tu te casses trop la tête, les choses sont simples." Et puis des fois aussi, je me dis juste "je ne comprends pas, des fois y a des trucs qu'on ne comprend pas et qu'on ne comprendra jamais." Et juste se dire "bah c'est comme ça en fait, et puis c'est pas grave. C'est pas grave de ne pas comprendre."
Mirza – Et est-ce que ça t'a pris du temps, de trouver le bon psy ?
Émilie – Ouais. Le parcours médical est compliqué, surtout pour moi qui n'ai pas d'argent pour payer en fait. J'ai toujours fréquenté des structures publiques comme le CMP au début, après j'ai été dans un centre de crise - c'était pour les adultes, je suis passé de la pédopsychiatrie à la psychiatrie tout court - et là il y a un gap. Parce qu'avec les enfants on fait très attention, on est à leur écoute, on fait attention avec les parents parce que j'ai eu des soucis avec mes parents. Maintenant, ça s'est apaisé mais voilà, il y avait ça en jeu. Et quand on arrive dans le monde de la psychiatrie adulte, les enjeux sont plus du tout les mêmes. Je suis tombée sur des psys qui étaient... J'avais un psychiatre qui n'écoutait pas, qui me menaçait un peu et tout... et c'est compliqué de trouver - surtout quand on est dans le public. Parce qu'en fait quand on est dans le public c'est "c'est bon t'as un psychiatre et tu payes pas, donc tu peux pas changer comme ça." Parce que j'ai voulu changer de psychiatre et aller voir l'autre psychiatre - parce qu'il y en avait deux - et on m'a dit "non, ça ne se passe pas comme ça". Même quand je demandais à voir un psychiatre privé, il me disait "j'ai pas de place, mais vous avez un psychiatre dans le public. Bah restez avec elle". Alors que j'avais pas confiance en elle, tout ça... Après, j'ai arrêté et je suis allée au BAPU, c'est pour les étudiants. Le Bureau d'aide psychologique universitaire, et là j'ai eu de la chance, je suis tombée sur mon psy mais... C'est vrai que dans le public, c'est vachement de la chance en fait. Du coup le parcours est compliqué pour trouver la bonne personne et puis surtout il y a une limite d'âge. Le BAPU c'est jusqu'à 25 ans et il faut être étudiant, donc si t'es pas étudiant tu peux pas, et si t'as plus de 25 ans... Voilà quoi.
Mirza – Est-ce que tu recommanderais quand même aux étudiants de persévérer jusqu'à trouver la bonne personne ?
Émilie – Oui, parce qu'il faut pas lâcher. En fait souvent les gens s'arrêtent sur la première expérience. Moi j'ai eu de la chance, je suis tombée sur une première bonne expérience (au CMP). Après j’ai dû arrêter à cause de la limite d’âge et je suis tombée dans le centre de crise avec une psychiatre horrible. Je me disais "je veux pas rester avec elle". J’ai cherché et je suis arrivée au BAPU. Faut pas se contenter de ce qu'on a vécu, faut pas se laisser faire. Je voulais aller mieux et c’était pas avec elle que j’allais réussir, ça allait être tout le contraire. Il faut persévérer. Il ne faut pas s'arrêter aux gens cons qu'on trouve, parce qu'on en trouvera toujours, mais il y a forcément quelqu'un qui va nous correspondre, qu'on va trouver et qui va nous aider. Et puis il faut aussi vouloir être aidé, parce que souvent, si on s'arrête à la première personne, c'est qu'en fait au final, on n'a pas envie d'être aidé ou on a peut-être pas la force. Mais si on persévère, on trouvera. Il y en a qui pensent que les psys, tout ça, ça sert à rien et ça aide pas. Et puis, il y en a qui disent que parler à une personne inconnue, c'est bizarre. Mais justement, il n'y a aucun jugement, on montre ce qu'on veut, on dit ce qu'on veut. C'est un soutien, surtout si on a personne par exemple, parce qu'il y a des moments dans ma vie où j'avais personne et... Avoir un psy, c'est hyper important - un psy ou un psychiatre d'ailleurs.
Mirza – Ok, tu parlais de gens... Aujourd'hui est-ce que ton copain, ta famille, tes amis sont des soutiens aussi pour toi ?
Émilie – Ben en fait, ça varie. C'est comme ça... Mais oui, il y a des moments où mon copain était un pilier comme au début. En fait, c'est toujours un pilier, mais ça fluctue. Au début quand j'allais mal, c'était mon point de repère, et puis y a des moments où on s'engueulait, c'était très compliqué... C'était parfois la source de mon mal-être, parce qu'on n'arrivait pas à se comprendre, des choses comme ça. Et maintenant, on est toujours ensemble. Ça fait sept ans en fait (rires), ouais, c'est quelqu'un d'important. Mais ça change quoi, mes parents c'est pareil. Au début on se disputait, je me suis battue avec mes parents aussi, on était dans le conflit et c'était pas du tout des personnes sur qui je pouvais compter et qui m'apaisaient. Mais après, la situation change, je me suis ouverte à eux, et quand je faisais des crises ma mère était là, mes parents étaient là pour me soutenir. Ils me consolaient alors que l'année d'avant on se disputait. Et puis maintenant par exemple, ça a encore plus évolué parce qu'avec ma mère on parle beaucoup. On partage des choses, elle me soutient, on se raconte nos vies. On a su trouver un terrain d’entente. Avec mon père c'est plus compliqué, parce qu'il est âgé et qu'on ne se comprend pas trop. Mon père a quoi, 72 ans ? Donc il y a beaucoup de générations qui nous séparent, on se comprend pas - en plus c'est un immigré et tout - donc c'est compliqué mais les choses elles changent avec le temps. Ma meilleure amie c'est pareil, au départ ça a été aussi un de mes points de repère, et un moment on s'est éloignées et j'ai appris à faire sans elle, maintenant ça va mieux. En fait c'est le temps. Ça peut partir en catastrophe - comme avec mes parents - et au final ça a changé et on s'entend bien, et je peux compter sur ma mère. Et avec mon copain ça fait des vagues, des fois il me soutient énormément, c'est mon repère et c'est lui qui m'aide à aller mieux, et puis des fois c'est le contraire. C'est notre relation qui fait que j'arrive pas, je ne me sens pas bien et puis ça change tout le temps. Voilà. Et ça... Je pense que la notion du temps, c'est un truc qu'on a du mal à intégrer quand on est pas bien. Parce qu'on veut que ça aille mieux tout de suite et maintenant : "je veux comprendre tout de suite, maintenant, je veux que demain j'aille mieux. Je me réveille un matin et mes problèmes s'en vont...". Mais en fait c'est pas vrai, ça prend du temps et on pense que les choses sont figées, mais non. Ça bouge. La preuve avec mes relations et même mon chemin maintenant. J'ai pris 7-8 ans pour en arriver jusque là et ce n'est pas encore terminé, mais les choses évoluent, ça monte et ça descend. Mais j’ai réussi globalement à aller mieux. Ouais...
Mirza – Donc tu dirais aux gens, "patience et persévérance" ?
Émilie – Ouais. C'est vraiment ce que je me suis dit. Parce que j'ai eu des pensées suicidaires et je me disais "j'en ai marre et je veux tout arrêter". Mais les choses ne sont pas figées, il y a des rencontres qu'on va faire, des gens qu'on rencontre, des choses qui vont nous arriver, et les choses ne restent pas comme elles sont pour toute la vie. Ça change et du coup, avec le temps... Le temps c'est vraiment... C'est dur d'accepter le temps, mais le temps fait que les choses peuvent complètement changer. On peut aller bien, on peut aller mal... Il y a toujours quelque chose en fait, on va toujours s'en sortir en fait. Si on le veut, évidemment ! Le temps ça soigne, ça permet de mieux digérer, de comprendre, de sentir...
Mirza – Et toi, qu'est-ce qui te donnait de l'espoir ?
Émilie – En fait je me disais "pourquoi pas moi ? Pourquoi moi, j'ai pas le droit à ça ?". Et parce qu'aussi, j'avais des projets. J'avais des projets et j'ai toujours tenu à avoir des projets. Le fait de ne pas avoir de projets, de ne pas savoir ce que je vais faire plus tard - à long terme - de ne pas avoir des objectifs comme ça, ça me fait peur. J'aime pas trop avancer sans but, mais d'avoir un but ça me permet de me dire "bah moi voilà, c'est ça que je veux être. Je veux être là". Je ne me mets pas de limite de temps, mais je me dis que je veux être là et donc du coup, je vais tout faire pour y arriver, quoi. Et quand je veux aller mieux, bah c'est pareil, je me dis "le but, c'est d'aller mieux et d'avoir confiance en moi. Pouvoir faire ce que je veux." Bah je vais donner tout et j'y vais. Et de me dire aussi que j'ai le droit à ça. J'ai le droit d'avoir des buts, de vouloir avoir confiance en moi, de réussir, d'aller mieux, tout ça... Donc oui, je ne vois pas pourquoi moi j'aurais pas le droit et pourquoi je pourrais pas y arriver. C'est surtout comme ça que ça a commencé. Après faut trouver des raisons... Enfin, il faut trouver sa valeur. Parce que moi je ne sais pas ma valeur, mais je me dis "pourquoi j'en aurais pas ? Pourquoi moi j'en aurais pas, et pourquoi les autres en auraient ? J'en ai forcément, on la voit pas mais j'en ai, c'est sûr. Je la vois pas mais j'en ai." Du coup, c'est ça qui m'aide aussi à avancer. De me dire ça.
Mirza – C'est très beau. Les projets auxquels tu pensais, tu t'en souviens ? Y a quelque chose en particulier ?
Émilie – Bah déjà, je voulais être utile à la société. Et du coup, je voulais agir pour la société, pour le monde. Je voulais... Dans ma quête de valeur - d'avoir de l'attention et de la valeur - je voulais faire quelque chose d'important, pour me sentir importante, pour me valoriser. Ça fait un peu prétentieux mais c'est comme ça. Au départ, je voulais être vétérinaire parce que je voulais soigner, et j'ai toujours été concerné par le réchauffement climatique, la nature, la biodiversité... Et en voulant être vétérinaire c'était un peu ça. M'occuper de ce dont on ne s'occupait pas au quotidien, c'est-à-dire la nature, les animaux... Et au final, la pression etc. - parce que c'est un concours pour devenir vétérinaire, donc c'est compliqué - je n'ai pas su tenir la pression et j'ai un peu flanché. Mais après, j'ai rebondi et je me suis dit "je veux préserver la nature". Soigner c'était moins un truc qui m'intéressait que la préservation. Je voulais comprendre comment les écosystèmes fonctionnent pour justement les préserver. Et là j'ai décidé de faire de l'écologie et de la gestion de l'environnement. Je suis pas dans un parti de l'extrême, je veux que ça s'harmonise, que nos activités anthropiques respectent la nature parce que la nature a aussi des bénéfices pour nous. Et qu'on s'aide mutuellement, qu'on vive harmonieusement. C'était ça mon projet. Mon objectif c'était ça, me dire d'agir pour la biodiversité et pour la nature. Et voilà (rires) c'est ça.
Mirza – C'est très beau. Tu parlais de tes amitiés toxiques, comment t'as fait pour sortir de ce cercle ?
Émilie – C'est simple en fait, on m'a virée. Parce que j'avais un mal-être et que j'étais pas bien, on en a eu marre de moi et on m'a virée. Et ça a été un coup dur... C'est que maintenant que je me rends compte, à cause de ça, j'ai parfois du mal à me faire des amis. Mais au final, comme on m'a virée, je me suis rendue compte que c'était pas des bonnes personnes. Ceux qui me restaient, au final c'était ceux qui étaient là pour moi et je me suis concentrée sur ces personnes-là, simplement. Mon copain, ma meilleure amie... Et puis j'ai rencontré d'autres personnes qui sont bienveillantes. Il faut s'ouvrir en fait, c'est ça. Parce qu'à un moment, je me suis renfermée sur moi-même, parce que comme on m’a virée je me disais "je suis nulle, je fais du mal aux autres. Les autres veulent pas de moi : la preuve on m'a virée, on voulait plus de moi, je suis un problème et personne ne m'accepte comme je suis". Après je voulais être accepté par les autres, et j'étais comme les autres veuillent que je sois - enfin ce que j'imaginais. Mais en fait je réfléchis en termes de probabilités, je me dis que sur le nombre de personne que je rencontre, il y a forcément des gens qui vont m’accepter comme je suis, qui m’aiment bien. En plus, on va en général vers des personnes en fonction de nos affinités. En fait si on se renferme, on trouvera jamais des gens qui vont être là pour nous parce qu'on les connaitra jamais. Mais si on va vers les gens, on va rencontrer des personnes qui sont là pour nous au final, qui nous soutiennent et qui nous aident, qui pensent à nous et qui nous aiment.
Mirza – C'est un beau message, le fait de s'ouvrir... Et quand t'es rentré à la fac, ça t'a permis de t'ouvrir, de rencontrer des gens ?
Émilie – Oui oui.
Mirza – Et est-ce que tu peux justement nous parler un petit peu de tes années étudiantes et aussi du confinement. Comment t'as vécu le confinement, est-ce que ça a eu un impact sur ton mal-être ?
Émilie – Alors, oui... Si on commence par la vie étudiante - puisque moi j'ai commencé ma vie étudiante pas confinée, et je sais qu'il y en a qui ont commencé comme ça et c'est compliqué - j'ai rencontré pas mal de gens. C'était nouveau, j'étais prise, emportée dedans et c'était vraiment génial. Par contre après, j'ai eu des phases un peu down et du coup là, je me renfermais. Dès que j'ai des phases down, je me renferme. Mais ça allait, au moment du confinement j'étais dans une phase un peu ouverte, je m'étais fait des amis, des potes et tout. Par contre pendant le confinement c'était un peu compliqué, parce qu'on se retrouve qu'avec sa famille et quand c'est compliqué avec sa famille, c'est compliqué (rires), c'est le mot. On se sent isolée un peu, surtout que comme il y a confinement, on n'a plus accès vraiment au psy. C'est des rendez-vous téléphoniques et les rendez-vous téléphoniques c'est pas pareil. Parce qu'on est dans sa chambre, on parle au téléphone... On n'est pas dans un endroit neutre. Moi je partageais ma chambre avec ma sœur, et du coup c'est compliqué quoi de faire des séances où t'as besoin de parler, de discuter. Encore plus si par exemple, les murs c'est des cartons et qu'on entend tout de ce qu'ont dit. Il n'y a plus d'intimité. C'était un peu compliqué, l'accès à ça. Mais heureusement j'avais un psy qui était hyper disponible. Quand ça n'allait pas, je pouvais lui envoyer un message et on pouvait faire une séance direct à ce moment-là. Et ça, ça m'a beaucoup aidée. Oui, j'ai eu une phase un peu compliquée où j'ai eu des pensées un peu suicidaires, je m'étais scarifiée et tout pendant le confinement parce que... Parce qu'en fait, même si on est avec sa famille, on se retrouve un peu avec nous-mêmes et ça cogite, ça cogite, et... On a plus cet espace, de pouvoir sortir. Par exemple moi j'avais plus l'équitation, je pouvais plus m'évader. Parce qu'on était chez soi, avec ses problèmes. C'était compliqué, mais j'avais le psy qui était là, heureusement. On faisai











