Mirza Duraković

Photographer | Filmmaker | Writer

Du baume au diplôme

Du baume au diplôme

Du baume au diplôme

« On doit pouvoir parler de sa dépression comme on parle de n'importe quelle autre maladie, comme on dit "j'ai de l'asthme", par exemple, ou "j'ai mal aux genoux". Peu importe. Il faut vraiment que tout ce qui est santé mentale, que ce soit dépression, troubles alimentaires, anxiété ou même un stress lié aux études, on puisse en parler sans que des gens en face nous jugent à cause de ça, ou minimisent la chose ». Lou-Anne, 24 ans, étudiante en tourisme.

La santé mentale des étudiants est un enjeu de santé publique majeur, particulièrement dans un contexte de pandémie, soulignant la nécessité de renforcer la prévention, l’écoute et l'accès aux soins pour tous. Depuis le début de la crise sanitaire en France, ce sujet a fait l’objet de plusieurs articles, manifestations et prises de paroles destinées à mettre en lumière une situation de plus en plus alarmante. En juin 2020, une étude de la Fédération des associations générales étudiantes menée avec Ipsos montrait que 23% des étudiants interrogés avaient eu des pensées suicidaires, tandis que 73% se disaient affectés sur le plan psychologique. Plus récemment, en janvier 2021, une étudiante lyonnaise a menacé de se défenestrer avant d'être rapidement prise en charge, quelques jours après la tentative de suicide d'un autre étudiant à Villeurbanne. Ces situations dramatiques illustrent l’ampleur du problème, qui touche une population étudiante psychologiquement plus fragile en moyenne que la population générale.

Suite au deuxième confinement (du 30 octobre au 15 décembre 2020) et à la médiatisation de nombreux cas de troubles de la santé mentale chez les étudiants, j’ai souhaité réaliser des portraits et des entretiens avec celles et ceux d’entre eux qui ont vécu des épreuves similaires au cours de leur vie et qui ont réussi à trouver une issue, ou simplement une lueur d’espoir. Donner l’image et la parole aux premiers concernés en mettant en avant des récits de parcours de soin encourageants afin de sensibiliser le public, de lutter contre la stigmatisation et de présenter des solutions aux étudiants qui sont dans des situations comparables, telle a été ma démarche, soutenue dès février 2021 par l’association L’Optimiste de la faculté de droit, d’économie et de gestion de l’Université Paris-Cité.

Les portraits et les entretiens de cette exposition sont ceux d’étudiantes et d’étudiants de l’Université Paris-Cité – et d’une personne issue d’une autre université – qui ont surmonté un mal-être, et qui ont choisi de s’exprimer publiquement afin de mettre un corps et des mots sur des situations difficiles qu’ils ont affrontées avec courage et ténacité. Ces jeunes femmes et hommes aux origines et aux parcours différents ont choisi de témoigner afin que d’autres puissent parler de leurs problèmes à leur tour, sans que des gens en face ne les « jugent à cause de ça, ou minimisent la chose ». Ils ont choisi de nous livrer une part intime de leur histoire personnelle dans l’espoir qu’elle puisse aider leurs camarades à aller mieux, alors prenons le temps de les lire, jetons un œil à leur portrait et découvrons leur récit.

Mirza Duraković
Photographe

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En tant qu'étudiants, les membres de L’Optimiste ont eu à cœur d’organiser un évènement destiné à donner une voix à tous les étudiants qui ont souffert de mal-être à un moment de leur vie, et particulièrement durant les longs et durs mois qui se sont succédés. La gravité des douleurs, des maladies et des problèmes psychiques, en ce qu'ils ne sont pas visibles en apparence, est trop souvent minimisée, ajoutant à la douleur le sentiment d'être incompris. Il est souvent dit que les étudiants sont l’avenir, il est important qu’ils soient écoutés et compris de manière à pouvoir construire leur avenir. L’Optimiste et ses partenaires seront toujours là pour faire entendre ces nombreuses voix.

L’Optimiste
Association d’Art et Culture de l’Université Paris-Cité

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Projet financé par la Contribution de Vie Étudiante et de Campus (CVEC)

de l'Université Paris-Cité


en collaboration avec l'association « L’Optimiste » de la faculté de droit, d'économie et de gestion de l'Université Paris-Cité

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Cliquez sur une image pour découvrir le portrait et le résumé de l'entretien associé

Anaëlle
Elena
Émilie
Guillaume
Julian
Laurraine
Lena
Lola
Lou-Anne
Marie-France
Mathilde
Pauline
Raphaël

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« [Le Covid] a eu une incidence, parce que toute cette incertitude a apporté beaucoup d'angoisse, et beaucoup, beaucoup de stress. Et comme mes troubles sont déclenchés par les angoisses et le stress, c'est à ce moment-là que j'ai fait les pires rechutes. Vers le mois de décembre, je voyais tous les autres étudiants autour de moi, même ceux qui étaient les plus inébranlables, tout le monde était complètement déprimé. On ne savait pas encore à l'époque si nos examens allaient être en ligne, s'ils allaient être en présentiel. C'était une grosse source d'incertitude, et puis le premier trimestre constituait un programme qui était immense, très lourd... C'est vrai qu'à ce moment-là, j'ai perdu énormément de poids ».

Anaëlle, 22 ans, est étudiante en quatrième année de médecine. Elle souffre de troubles du comportement alimentaire qu’elle a développés au cours de sa première année commune aux études de santé (PACES). « Souvent, les gens se font une idée très stéréotypée de ce genre de troubles, parce qu'ils s'imaginent que cela se résume à une obsession de la minceur, mais en fait pas du tout ! C'est une obsession du contrôle ». Elle considère que les études de médecine sont « absolument passionnantes », mais que ce sont également « des études très exigeantes où l’on subit une forte pression et qui laissent peu de place pour le reste ».

Afin de s’évader, lorsqu’elle en a le temps (« [Des passions] J'en ai beaucoup (rires), mais je n’ai malheureusement pas forcément le temps de les pratiquer »), elle lit des livres, regarde des films, pratique la photographie, s’adonne à la pâtisserie et fait de longues balades dans Paris. La lecture, en particulier, la « plonge dans un autre univers ». « Ça me permet d’aborder des thèmes, d’avoir des réflexions que je n’ai pas lorsque je me barricade dans le travail. De la même façon que quand je suis concentrée pour étudier, mon esprit est complètement et totalement absorbé dans la lecture, et non plus dans les contrariétés ou dans les angoisses [...] c'est vrai que quand je lis j'oublie tout, et c'est pour ça que ça m’aide autant ».

À l’heure actuelle, elle aimerait se spécialiser dans la neurologie ou l’immunologie. « [...] peut-être que je changerai encore d'avis d'ici-là, mais ce sont les deux spécialités qui m'intéressent pour l'instant ».

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« […] on fait notre propre chemin [...] donc il faut chercher les forces en nous et généralement, on les a même si on ne le réalise pas. C'est juste qu'on se dévalorise mentalement, etc. Il ne faut pas se dévaloriser, il faut se raccrocher à des petites choses et surtout, si on en sent la nécessité, il faut en parler. C'est vraiment super important, que ce soit avec des professionnels ou avec des gens de confiance – mais pas avec n'importe qui non plus parce que ça peut être pire pour nous après – et surtout, de croire en soi et de pas abandonner à la première difficulté ».

Elena, 18 ans, est étudiante en droit et ancienne licenciée en athlétisme (demi-fond, cross, 1 000 et 1 500 mètres sur piste). Son mal-être est « apparu en cinquième ». « Au début, ça avait commencé par des scarifications, vraiment un mal-être profond, psychologique. À partir de la quatrième, je suis tombée dans les troubles du comportement alimentaire et je ne m'en suis pas réellement sortie avant la fin de ma terminale ». Hospitalisée à plusieurs reprises, elle garde un souvenir douloureux de ces expériences infructueuses. « Ces hospitalisations – pour moi en tout cas – ça m'a pas aidée du tout. Ça me rendait encore plus mal, parce que je pars du principe que quand on est dans ces troubles du comportement, on se sent seule et on n'a plus vraiment l'envie de vivre. [...] dans mon cas, j'étais enfermée, je n'avais pas de contact avec mes parents, avec l'extérieur, et je pars du principe que ce n'est pas dans ces conditions-là qu'on va redonner [...] l'envie de vivre, à un malade. Et donc, pour moi ça ne m'a pas du tout aidée ». Elle décrit ses troubles du comportement alimentaire comme un phénomène paradoxal, entre désir de contrôle et absence d’emprise sur son propre destin : « Quand on est dans ces troubles-là, généralement on nie, on ne veut pas le montrer, on trouve des excuses […] Mentalement, oui j'étais... J'étais très faible, j'étais démunie, mais d'un autre côté j'avais l'impression d'avoir le contrôle, de contrôler ce qui se passait dans ma vie, de contrôler tout ce qu'il y avait, parce que je contrôlais mon poids. Et je pense que dans ce trouble-là, en tout cas dans l'anorexie – puisque ça a été diagnostiqué comme ça pour moi au début – c'est aussi des caractéristiques... On a besoin d'avoir ce contrôle-là, mais d'un autre côté on n'a aucun contrôle sur ce qui se passe […] quand on est à l'hôpital, gérée par des adultes, des soignants qu'on ne connaît pas, ça veut dire qu'on n'a pas totalement le contrôle ».

Petit à petit, elle a réussi à s’en sortir grâce à ses études, à une grande force intérieure et au sport. « Je me suis raccrochée aux études en me disant que c'était un peu la seule valeur sûre que je pouvais avoir, que tout ce qu'il y avait autour, je n'étais pas sûre. J'étais dans un moment de doute, un petit peu de tout... […] Et après, je m'évadais comme je pouvais dans des livres ou autre, mais... Vraiment, mes études et me dire qu'un jour je m'en sortirai. Et puis le sport aussi, parce qu'à ce moment-là, je faisais encore du sport et j'avais des objectifs assez gros quand même, que ce soit les régionales, les France de cross, voilà... Donc c'est ce qui m'a aidée à tenir ».

Après sa licence, elle aimerait continuer en master. « Quel master exactement ? Je ne sais pas encore. Et plus tard, travailler dans la diplomatie, ce serait quelque chose qui m'intéresserait énormément. […] Parce que j'adore tout ce qui est relations internationales et les liens entre les pays, le fait de pouvoir parler plusieurs langues, les domaines aussi que ça implique que ce soit économique, social, politique... Voilà ».

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« Je pense que la notion du temps, c'est un truc qu'on a du mal à intégrer quand on est pas bien. Parce qu'on veut que ça aille mieux tout de suite et maintenant : "je veux comprendre tout de suite, maintenant, je veux que demain j'aille mieux. Je me réveille un matin et mes problèmes s'en vont...". Mais en fait c'est pas vrai, ça prend du temps et on pense que les choses sont figées, mais non [...] Les choses changent, elles peuvent changer et ce qui est là maintenant ne sera pas forcément là demain ou dans un an ».

Émilie, 23 ans, est étudiante en sciences de la vie et de la terre et vient de terminer sa licence. Actuellement en stage au CNRS, elle partage ses journées entre son travail, sa famille, son copain et ses loisirs, principalement la musique et l’équitation. « J'ai commencé l'équitation y a pas longtemps, il y a 3 ans, et c'était un rêve de petite fille en fait. C'était vraiment un rêve de pouvoir faire ça, j'ai jamais pensé à le faire et c'est mon copain qui m'a offert un trimestre pour mon anniversaire. Et là, j'ai commencé [...] c'est hyper reposant. Je pense à autre chose. Je suis pas stressée [...] ça fait beaucoup de bien ». En troisième au collège, elle a commencé à avoir des crises de pleurs : « Le soir, on déprime, tout ça... Je déprimais beaucoup, j'avais besoin d'attention [...] Je pleurais, je cherchais des problèmes à tout le monde [...] au bout d'un moment je me suis dit "ça va pas, faut que je bouge". Je suis allée dans un CMP (Centre médico-psychologique) pour enfants – parce qu'à l'époque j'avais 15-16 ans – et c'est là où j'ai eu un premier contact avec un psychologue, et j'ai été suivie un moment quand même, trois ans là-bas. Ça m'a fait beaucoup de bien d'en parler ».

Aujourd’hui, notamment grâce à la pratique du violon et de l’équitation, au soutien de son entourage et d’un psychologue d’un Bureau d'aide psychologique universitaire (BAPU), elle dit qu’elle a « réussi globalement à aller mieux ». Le temps a également été un facteur déterminant dans son parcours de soin, en lui permettant « de mieux digérer, de comprendre ».

Après sa licence, elle souhaiterait « faire un master d'écologie ». « Je voudrais soit faire de la recherche – toujours dans cette quête de comprendre comment ça fonctionne, comment fonctionne le monde surtout, au point de vue de la nature – et sinon, travailler dans des bureaux d'études [...] toujours dans cette idée de pouvoir continuer nos activités anthropiques, nos activités de développement, tout en respectant la nature ».

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« D’un point de vue personnel, le fait de ne pas toujours pouvoir être là pour ma famille a été dur, tout particulièrement pendant le premier confinement. Notamment : le fait de ne plus passer voir mes parents, mon absence lors de la naissance de la petite dernière de ma sœur [celle-ci ayant dû accoucher en pleine crise sanitaire], le fait de ne pouvoir se retrouver avec mes proches pour les anniversaires et célébrations diverses... Étant particulièrement à cheval sur les gestes barrière, je n’ai pas serré mes parents dans mes bras depuis fin 2019 ».

Juriste de formation, Guillaume, 37 ans, est doctorant et chargé d’enseignement. À la fois étudiant et enseignant, il estime que « faire des études a accentué un véritable mécanisme de libération intellectuelle ; c’est très probablement l’une des meilleures décisions que j’ai pu prendre ». Pendant les diverses périodes de confinement il a souffert de stress, frustration et dépression. Des maux auxquels il a su faire face en ayant un projet et en se concentrant sur les études et le travail, sur soi et sur ses proches. Et plus particulièrement, « par la rédaction d’un petit protocole de lutte civique et sanitaire contre la COVID 19 […], la lecture et la musique ». Participant en tant que formateur au programme de formation de secouriste PSSM pour Sorbonne Université (l’équivalent pour la santé mentale des premiers secours physiques classiques PSC1), il y retrouve certains étudiants qu’il aurait pu avoir en travaux dirigés ou en cours magistraux. Cela l’a aidé à se sentir plus utile pendant cette période si particulière. Il estime en outre que « nous avons tous en nous des compétences, forces et mécanismes de résilience qu’il nous appartient de mettre en œuvre à des moments de nos vies ; celui-ci en est un ».

Guillaume a créé un site web (https://www.gtourres.fr) qui met à disposition des références de publication, des supports pédagogiques, des conseils de lecture et des illustrations d’actualité dans le cadre d’activités d’enseignement et de recherche en droit et science politique. À l’issue de l’obtention de son doctorat, il souhaiterait « être qualifié et recruté comme Maître de conférences ».

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« Je travaillais en même temps que je faisais mes études, j’avais pas de vraie communication ni avec les camarades ni les collègues. J'étais au travail... Avec tout ça, la pression des études, je suis tombé malade. Et à côté, avec toutes les études et tout, je n'avais personne à côté qui pouvait m'aider. J'étais malade, je ne pouvais même pas marcher. C'était le stress, toute l'anxiété et j'ai dû attendre cinq jours, j'avais même plus de nourriture [...] Je n'avais pas fait des courses – pendant cinq jours j'ai mangé que des baguettes que j'avais, parce que je pouvais pas descendre sept étages et tout... ».

Julian, 30 ans, est Colombien et étudiant en deuxième année de licence d’économie et de gestion. Il est arrivé à Paris il y a cinq ans, pour ses études, et il a souffert d’anxiété et de dépression pendant les périodes de confinement liées à la pandémie de Covid-19. « [...] l'anxiété, ça m'est venu à cause de toutes les choses que je gérais en même temps. [...] Avant je m'imaginais que je n'avais pas de limites physiques, que cela ne m'arriverait pas, et une fois que j'étais malade je me suis dit ‘OK oui, il y a une limite physique’ ». Le contexte d’incertitude provoqué par la pandémie a également eu un impact sur sa santé mentale. « [...] ça m'a mis en situation de difficulté par rapport au loyer, les dépenses non seulement de ces moments, mais plutôt à l'avenir parce que c'était le début du semestre, et cette situation de ne pas savoir, ne pas être sûr comment je vais pouvoir me soutenir le mois de mars jusqu'à la fin du semestre ça m'a fait aussi me mettre en question et en dépression. [...] quand j'étais dépressif, je ne répondais plus au téléphone, je laissais le téléphone mort. Pendant cinq jours comme ça, tout le monde se préoccupait ».

Pour lutter contre ces maux, Julian s’est notamment appuyé sur sa foi en l’avenir. « Je suis réaliste, mais en même temps je suis toujours en train de voir l'avenir. Donc je ne me centrais pas beaucoup sur le présent, et ça a beaucoup, beaucoup aidé. C'est le fait de toujours voir l'avenir, d'avoir beaucoup d'espoir en l'avenir ». Le fait de développer des projets personnels et d’aider ses amis et les gens autour de lui a également été d’un grand secours, psychologiquement. Il se définit comme « une personne très active ». « Je fais plusieurs choses [...] j'ai toujours des projets, je connais d'autres personnes, beaucoup d'autres gens mais dans ma communauté. Des étrangers, des immigrés... Et avec eux, je suis plutôt à l'écoute et toujours en attitude d'aide envers eux, donc mes journées sont beaucoup plus chargées de communications avec eux. Là, ça fait quelque temps que je les aide, à faire des documents, des démarches, je donne des conseils... Par mon expérience, j'ai appris beaucoup de choses, donc j'essaie de faire la vie moins difficile aux gens. Mais à côté aussi, j'utilise beaucoup de temps pour voir des documentaires, pour réviser, pour apprendre... ». Au sujet de la santé mentale des étudiants, il conseille à ses camarades de toujours prévoir un plan B et de se préparer mentalement. « Je les inviterais à plus prendre conscience, être informé sur la manière de se préparer. D'avoir toujours plusieurs options ».

Après ses études, il souhaiterait orienter sa carrière professionnelle « vers la gestion des actifs pour l'investissement. L'investissement industriel, l'investissement dans les services [...] aider à développer des projets vraiment industriels qui soient orientés au développement social et personnel des gens ».

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« J'aimerais dire à tous les étudiants qui sont en train de vivre des choses comme moi, qui sont exploités par leurs employeurs, leurs maîtres de stage [...] si vous connaissez du mal-être, si vous avez des problèmes dans votre famille, même si vous êtes étudiants étrangers comme moi, loin de votre famille [...] je vous comprends. Je suis de tout cœur avec vous. J'aimerais que vous soyez forts. Si vous avez des pensées suicidaires, ne passez pas à l'acte ».

Laurraine (nom d’emprunt), 25 ans, est étrangère et étudiante en troisième année de licence de droit. Pendant le deuxième confinement, elle logeait chez une famille en tant que fille au pair pour financer ses études, quand ses employeurs ont profité de la situation sanitaire pour lui imposer des conditions de travail illégales. « Il y a eu le confinement, et là ils ont décidé de ne plus envoyer les enfants à l'école, donc ils m'ont imposé de les garder à la maison sans me demander si ça me convenait. Et j'étais empêchée d'aller en cours, j'ai vécu une grosse dépression, j'ai eu des pensées suicidaires. J'ai appelé mon amie en panique en disant "ils n'arrêtent pas de m'exploiter, je ne veux pas être à la rue, il faut que je parte d’ici. Je ne sais pas quoi faire". [...] j'étais détruite à l'intérieur, je n'arrêtais pas de pleurer et je ne mangeais rien ». Elle a choisi de poser anonymement car elle ne souhaite pas que certaines personnes – dont la famille qui l’a exploitée – la reconnaissent. Laurraine a réussi à déménager, mais elle a particulièrement souffert par la suite lorsqu’elle a vu ses notes baisser du fait des conditions de révision difficiles. « Je suis en situation d'handicap, j'ai des problèmes de concentration. J'ai des troubles de l'attention, je suis dyslexique. Donc le fait que chaque fois on ouvre la porte alors que je suis en plein cours, je ne peux pas. J'ai assisté encore seulement aux TD [...] mais heureusement j'ai eu le droit à une preneuse de notes. Elle m'a vraiment sauvé la vie parce qu'elle m'envoyait tous les cours, et comme ça j'ai pu travailler, j'ai pu rattraper tous les cours. J’ai eu quand même cette sensation que quelqu’un se souciait de moi [...] c'était mon ange gardien qui m'envoyait les cours chaque week-end [...]. Et j'étais tranquille mentalement ». À propos de la notation des examens, elle estime que l’université ne prend pas vraiment en compte la situation des étudiants internationaux. « [...] ils veulent mettre tous les étudiants sur le même pied d'égalité mais ils oublient parfois qu'il y a des étudiants étrangers qui ne sont pas francophones [...] moi en tant qu'étudiante internationale je ne vois que des refus seulement pour mes notes. Comme s'ils ne regardent même pas ma lettre de motivation, même pas mon CV, mais que mes notes ».

Pour se sentir mieux, elle écrit et dessine depuis son plus jeune âge. Pour ce portrait, elle pose avec l’un de ses carnets. « Dès que j'ai su prendre un crayon dans mes mains, j'ai commencé à dessiner et à regarder des dessins animés. [...] lorsque je suis stressée, j'aime bien écrire et inventer des histoires, faire des bandes dessinées drôles parce que ça me fait rire ». Le soutien de ses amis proches a aussi été important pour elle au cours de ces épreuves, ainsi que la force qu’elle puise dans son caractère, qu’elle tient de sa grand-mère « qui est une femme très forte ».

Après sa licence, elle souhaite poursuivre ses études en master. « [...] les deux domaines qui m'intéressent c'est le droit social et le droit international. Parce que les deux domaines débouchent sur le métier de juriste d'entreprise qui m'intéresse particulièrement [...] Et après les études j'aimerais travailler dans une entreprise multinationale ». À côté de son projet professionnel, elle souhaiterait pouvoir continuer à pratiquer le dessin et l’écriture. « [...] je souhaite aussi finir mon roman, finir mes bandes dessinées, et faire un livre, un recueil qui rassemble les bandes dessinées, mais avec les chapitres de mon roman. Peut-être le publier, sinon je le traduis en français et en anglais déjà ce serait bien... ».

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« C'est cette expérience-là du coup, familiale, qui a fait qu'aujourd'hui je fais du droit. Et justement de s'être servie de ça et de me dire "je vais réussir à avancer avec, je vais réussir à en faire quelque chose", et le concrétiser là, maintenant, aujourd'hui, ça me rend fière. D'avoir aussi bien rebondi, de cette manière-là. »

Lena, 18 ans, est étudiante en première année de droit, et se définit comme « féministe et progressiste ». Elle a souffert de stress suite à la séparation de ses parents lorsqu’elle était en CM2. « Mon vrai premier mal-être psychologique, ça a été quand j'avais 10 ans [...] et c'est relatif à la séparation de mes parents. [...] De jugement en jugement, j’y ai pris un coup très jeune. [...] Très jeune, j'ai dû être entendue à la police. [...] J'ai développé beaucoup de tics et beaucoup de stress [...] et un rapport avec le temps [...] très bizarre, en fait. J'ai toujours eu un cadre temporel assez bizarre, assez restreint et de ce côté-là, je pense que ça vient de là, en fait. J’ai gardé cette impression là que le temps passe beaucoup trop vite quand je profite pleinement ou trop lentement dans les moments difficiles. Donc ouais, j'étais très mal. J'étais constamment stressée. Je faisais attention à tout ce que je disais, tout ce que je faisais ». Son mal-être l’a également conduite à être hospitalisée pendant quelque temps. « [...] j'ai été à l'hôpital pendant un moment, pendant un été. Ça se passait vraiment très mal, je refusais totalement d'aller chez ma mère. Je pense que c'est à ce moment-là... Et puis même à l'hôpital, enfin pendant mon hospitalisation, je me suis fait des amis et ça m'a permis de relativiser [...] j'ai relativisé parce que je voyais vraiment des enfants qui étaient placés en foyer, où ça se passait vraiment mal. Où c'était question de violence plus que psychologique en fait, donc j'ai relativisé déjà, en parlant avec d'autres gens, en sociabilisant [...] mais j'ai eu un soutien psychologique. J'ai été suivie au Centre médical psychologique de ma ville quasiment une année, par une psychologue et par une pédopsychiatre. À l'hôpital aussi j'avais une psychiatre qui m'a aidée à me faire sortir de l'hôpital ».

Afin de se sentir mieux, elle s'appuie sur ses amis, sur le fait de parler de ses maux, sur l'écriture (« Écrire aussi, écrire [...] En tout cas, quand je me sentais vraiment très mal, juste une feuille et un stylo et j'ai l'impression que ça sort aussi vite qu'en parlant. En écrivant ses maux ») et sur la pratique du théâtre. « Ce n'était pas que ma psychiatre aussi qui m'a aidée. Mais parler... Et je pense que, justement, c'est de là en fait qu'est venue ma passion – entre guillemets – pour le théâtre [...] quand je suis sur scène, j'ai l'impression d'être une version... La meilleure version de moi-même. En tout cas, je suis dans une bonne énergie et j'essaye de retranscrire la meilleure version de moi-même et je me sens... Je me sens plus libre en fait, je me sens plus libre de dire, de faire les choses ».

Après ses études, elle voudrait « toucher à tout », même si elle « aspire beaucoup » au métier d’avocat. « [...] j'aimerais bien défendre les artistes, défendre les gens victimes de discriminations, m'engager auprès d'associations ou même fonder une association, une entreprise etc. Je veux vraiment toucher à tout. Je veux écrire un livre, une autobiographie, faire un film. Je veux faire plein de choses [...] Je ne sais pas encore quel métier je vise maintenant, mais je sais en tout cas que je veux aider la société, je veux combattre les discriminations sociales, raciales. Je veux vraiment être utile ».

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« J'essaie de faire au maximum, j'essaie de toujours avoir des bonnes notes, etc. Je me donne à 100% dans tout ce que je fais, surtout quand j'aime bien ! Quand j'ai commencé à faire des études de pharma, alors là je me suis donnée à 200% dans tout ce que je faisais. Mais en fait là c'était plus possible de me donner à 200%, et je me suis rendue compte que ma qualité de travail était de moins en moins bonne, parce qu'il fallait juste survivre ».

Lola, 22 ans, est étudiante en cinquième année de pharmacie. Elle trouve ses études passionnantes, mais la quantité de travail considérable demandée cette année l’a affectée psychologiquement. « [...] j'ai la chance d'avoir trouvé des études – et ça, je sais que ce n'est pas forcément le cas chez beaucoup de personnes – qui me plaisent énormément. J'adore les sciences pharmaceutiques, le contenu des différentes matières, et j'adore travailler en officine, c’est vraiment mon truc. Par contre, là ça a été hyper compliqué cette année parce que c'est une année très dense ». Au cours de l’année, elle a souffert de surmenage, d’épuisement et parfois même de crises d’angoisse, comme un grand nombre de ses camarades. « J'ai des gens autour de moi, bons voire très bons élèves [...] qui m'ont dit « mais là, j'abandonne en fait... J'en peux plus. Tant pis si je valide pas mon semestre et tant pis si on passe pas en cinquième année ensemble, mais je ne peux plus, c’est trop pour moi. Je n'ai plus d'énergie. Je ne peux plus, donc j'abandonne... » [...] La quantité de travail qu'on nous a demandé jusqu'à encore aujourd'hui, ça a été énorme. Énorme. Et là, vraiment, ce n'était plus du plaisir dans les études, c'était juste du surmenage à essayer de survivre sous les examens, sous les oraux, les TP, les comptes rendus, etc. ». Elle aimerait que les professeurs prennent plus en compte le fait que les étudiants ont une vie à côté de leurs études. « [...] On n’est pas qu'étudiants, on n'est pas que des robots à fournir telle quantité de travail en un temps restreint. [...] J'aimerais bien dire aux profs qu'ils se mettent à notre place [...] il y a à côté une vie sociale, des rencontres, des relations, la découverte de la vie adulte, etc. ». Malgré toutes ces difficultés, elle n’a pas baissé les bras, et elle était « aux anges » quand elle a appris qu’elle avait validé son année et son CSP (Certificat de Synthèse Pharmaceutique) du premier coup. « De donner autant d'énergie, je ne savais pas que j'étais capable de faire ça ».

Pour s’en sortir, elle a notamment pu compter sur le soutien de son compagnon, son amour pour son animal de compagnie, le piano (« [...] depuis que je fais du chant-piano avec ma copine, ça nous permet de partager des supers moments »), la cuisine et le sport. « [...] je pense que c’est important d'avoir des loisirs à côté, des choses qui n’ont aucun rapport avec le domaine de nos études, des choses qui nous vident la tête, qui nous font penser à tout autre chose. Moi, c'est le piano, la cuisine, mon chien, mon chéri, le sport. [...] Je fais beaucoup de sport. Ça me permet de me vider la tête ». Amatrice de tatouages, elle s’est fait tatouer un portrait de la Reine d’Egypte Nefertiti sur l’avant-bras gauche. « C’est pour moi un symbole de puissance, de force, de réforme, de féminisme, de beauté. Elle a eu un rôle social très important à son époque, tout en étant une femme et une mère formidable. Je veux être aussi complète que ça : une femme forte, indépendante, affirmée, et qui apportera quelque chose au monde. Quand j’ai dit à mon tatoueur que je voulais Nefertiti, je lui ai demandé de la représenter avec la tête haute, limite hautaine, ce qui me rappelle chaque fois de relever la tête et continuer, batailler, persévérer ».

À l’issue de ses études, elle souhaiterait « faire de la recherche en industrie pharmaceutique pour être vraiment à la genèse d'un médicament, et notamment dans un service de pharmacocinétique ou de pharmacologie d'un grand laboratoire ».

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« On doit pouvoir parler de sa dépression comme on parle de n'importe quelle autre maladie, comme on dit "j'ai de l'asthme", par exemple, ou "j'ai mal aux genoux". Peu importe. Il faut vraiment que tout ce qui est santé mentale, que ce soit dépression, troubles alimentaires, anxiété ou même un stress lié aux études, on puisse en parler sans que des gens en face nous jugent à cause de ça, ou minimisent la chose ».

Lou-Anne, 24 ans, est étudiante en tourisme. Elle souffre de dépression et d’anxiété depuis ses 14 ans. « J'étais en quatrième et j'ai commencé à me sentir vide en fait, tous les matins en me levant. Ça continuait dans la journée, j'étais un peu déprimée. C'est passé ensuite un petit peu avec les grandes vacances, mais en reprenant la troisième, j'étais vraiment tout le temps déprimée. Je pleurais le matin en me réveillant, le soir en me couchant. C'était vraiment pas une bonne période ».

Après huit ans, elle a décidé d’en parler à son médecin et de suivre un traitement par antidépresseurs, à l’aide duquel « ça va quand même beaucoup mieux qu'il y a quelques temps ». En parallèle, pour se sentir mieux, elle adore aller à des concerts et organiser ses propres voyages. Pour ce portrait, elle a choisi de poser avec un globe terrestre. « J'adore découvrir les nouveaux endroits, les nouvelles cultures et tout ça. Voir des beaux paysages ou des belles villes avec des anciens bâtiments. J'adore vraiment ça et je me sens toujours, toujours bien ». Un voyage de plusieurs mois en Australie lui a notamment « fait beaucoup de bien. Oui, ça m'a permis de voir ce dont j'étais capable, en fait, de vaincre l'anxiété qui me disait de pas prendre l'avion, de pas partir toute seule, tout ça quoi (rires)... Et après j'ai voyagé aussi 3 mois toute seule en Australie. Donc ça aussi, c'était pour me prouver que j'étais capable de faire ça en fait. Donc c'est plutôt une fierté, vu que je suis assez – de base – timide et réservée à rester dans mon coin, avoir été capable de faire ça toute seule, de rencontrer des gens. C'est... Ouais, j'en suis vraiment fière ». Elle s’adonne également à la réalisation de pièces de pâtisserie parfois complexes, comme par exemple « un number cake [...] pour l'anniversaire d'une copine », des pièces « avec pas mal de décorations, des crèmes qui doivent tenir », ce qui lui « permet de prendre confiance, d'avoir une meilleure estime de moi, de me dire que je suis capable de faire ce que je veux faire. Peu importe la difficulté, j'en suis capable, et voir les résultats qui sont comme je l'imaginais ça me fait aussi du bien ».

À l’issue de son diplôme elle aimerait « continuer en master, toujours dans le tourisme. Et après je ne sais pas exactement, j'ai quelques idées mais pas encore très claires. Peut-être dans l'évènementiel ».

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« Je ne voyais pas de manière clairvoyante l'avenir. Particulièrement les deux premières années. En ce sens, chaque semestre constituait potentiellement un risque. Aucun étudiant à ce stade n'est sûr de réussir à chaque année. On n'est jamais sûr, parce qu'on peut tomber sur un sujet et passer à côté d’une petite partie du programme qui peut nous paraitre à nous, jeunes étudiants, peu importante, alors qu'en réalité elle est foncièrement essentielle au programme de telle ou telle matière. En somme, c'est cette incertitude, ainsi que la masse considérable de travail cumulées, qui procurent une pression énorme que j’ai personnellement vraiment mal vécue durant les premières années... ».

Marie-France est doctorante en droit privé et passionnée du droit. Au cours de ses premières années de cursus universitaire, elle a « vécu difficilement » des situations de stress lié aux études. Plus récemment, du fait des mesures prises dans le cadre de la pandémie de Covid-19, elle a souffert d’un contexte d’enseignement particulièrement compliqué en tant que chargée de travaux-dirigés. « [...] pour moi, l'enseignement pendant la pandémie était assez compliqué du fait de la modification du schéma de la dimension présentielle des étudiants. Nous étions dans un schéma "hybride" [...] Il y avait pendant le même TD un groupe sur Zoom, et simultanément un autre groupe en présentiel "physique". On avait l'impression de dispenser deux classes en même temps. [...] Devoir captiver l'attention de chaque étudiant était délicat, surtout l'attention des étudiants qui se trouvaient sur Zoom chez eux. Ce qui était loin d'être facile pour eux aussi. [...] Effectivement, j'ai trouvé que les étudiants étaient en majorité complètement démoralisés. En cela, j’ai pris l’initiative de prendre cinq minutes toujours au début du TD pour savoir ce qui va, ce qui ne va pas... Et ça les a énormément aidés ».

Le soutien qu’elle a fourni à ses étudiants dans cette période lui a « apporté énormément de choses ». « [...] parce qu’en voyant les notes progresser, en voyant l'intérêt pour la matière, en entendant des étudiants dire : « grâce à vous, je ne vais pas me réorienter ». Pour moi, c'est très, très beau ». Pour elle, « c'est par le travail aussi qu'on enlève le stress. Quand on voit et révise tout le programme méticuleusement, on évite un stress considérable ». Son remède principal au stress est une meilleure préparation aux cours et aux examens, qu’elle compare à la préparation des sportifs pour une compétition. « La solution anti-stress [...] a été le fait, clairement, de me plonger dans le travail, voilà. Parce que je me voyais un peu comme un sportif qui s'entraînait. [...] Pour ceux qui liront ce témoignage, j'aimerais vraiment leur donner ce conseil : entraînez-vous, entraînez-vous, et entrainez-vous aux exercices juridiques en appliquant la méthode juridique, car ce n’est que par le travail qu'on y arrive ». Elle s’adonne également à l’écriture en rédigeant « tous types d'écrits ». « [...] c'était un professeur qui me disait : « le fait d'écrire est un anti-stress ». Mais d'écrire doucement en puisant dans sa réflexion, en prenant le temps de forger nos opinions juridiques pour ce qui est du droit, en s'appuyant sur nos lectures. Puis finalement, j'y ai pris goût, je m'en suis rendue compte que c'est véritablement un anti-stress ». D’autre part, ses parents – et en particulier sa mère, sa sœur et son grand-père – ont été « un soutien exemplaire » au cours de son cursus. « [...] surtout ma mère. Ah oui ma mère, franchement. Je la remercie du fond de mon cœur pour sa présence continuelle, et je dédie tout de même ces dix années d'études à mon grand-père, ma mère et ma sœur, mon comité de soutien hors pair... ».

Pour ce portrait, elle a choisi de poser avec un exemplaire du Code civil, qui « représente tout » pour elle, « en tant que privatiste ». Après son doctorat, elle souhaiterait devenir professeur en droit. « Je veux être professeur de droit parce que pour moi, la transmission et la recherche sont extrêmement importantes à mes yeux. [...] En somme, ce qui compte c'est que je puisse transmettre de la meilleure manière qui soit, et sans stress ».

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« La fac m'a fait vraiment peur [...] le jour de la rentrée, je ne voulais pas y aller. Je voulais tout arrêter etc. Et ma meilleure amie m'a dit : "on va y aller ensemble". Je ne sais pas comment elle a fait, mais elle est rentrée avec moi et elle est restée avec moi une semaine entière à la fac sans que les profs grillent rien (rires). »

Mathilde, 23 ans, étudiante en sciences de l’éducation, a été victime d’abus sexuels et de viols dans son adolescence. Depuis, elle souffre d’ochlophobie et d'haptophobie (peur de la foule et peur du contact). « J’ai réussi à en parler à mon médecin, en fait, quelques mois plus tard et c'est elle qui m'a dirigé vers une psy, qui m'a ensuite dirigée vers un psychiatre. Au total, j'ai fait peut-être sept psychologues avant de trouver la bonne – parce que oui, il faut trouver la bonne – et c'est en partie grâce à elle que j'ai surmonté les épreuves ».

Pour combattre la dépression issue du traumatisme qu'elle a vécu, en complément de son parcours de soin, elle s’entoure des gens qu’elle aime et qui l’aiment, elle fait du sport (« J'aime énormément le sport [...] parce que j'aime dépasser mes limites »), lit des romans et écrit ses pensées dans un carnet avec lequel elle a choisi de poser. Elle se lance également de véritables défis personnels qu’elle relève afin de vaincre ses peurs. « Quand t'as 16 ans, 17 ans, t'es sous antidépresseurs, et à côté tu vois tes copains [...] faire la fête... [...] je pouvais pas sortir, j'arrivais pas à sortir, j'arrivais pas à voir du monde, j'arrivais à peine à aller à l'école, et ça a été très, très dur... Et le jour où je me suis dit "t'as envie de continuer tes études, t'as envie de faire tel métier" – donc à l'époque, je voulais faire enseignante – je me suis dit "il faut que t'ailles à la fac". Sauf qu'à la fac c'est pas la même chose, on est pas 30 par classe. Et... [...] Je me suis foutu un coup de pied au cul (rires) ». Son petit ami, sa meilleure amie et sa famille – et particulièrement sa sœur qui lui « a montré comment montrer les dents, comment reprendre confiance en moi » – sont un grand soutien pour elle.

Plus tard, elle souhaiterait travailler dans l’enseignement pour les adultes, en se dirigeant vers les entreprises, « pour les aider à créer des formations pour qu'ils soient plus polyvalents, ou même pour des formations plus psychologiques ».

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« On se sent pas légitime. En fait, on a toujours l'impression que ce qu'on a, c'est moins grave que ce que d'autres ont, et que du coup, ça vaut pas le coup de demander de l'aide. En fait, ça c'est jamais vrai. À partir du moment où ce qu'on ressent, on a l'impression que ça nous embête, il faut en parler. Il faut chercher de l'aide. [...] Il n'y a pas besoin de plus. Il ne faut pas attendre de se scarifier, il ne faut pas attendre d'avoir des idées suicidaires pour demander de l'aide, parce que là c'est beaucoup plus difficile ».

Pauline, 24 ans, est étudiante en médecine et lesbienne. Elle vient de finir sa sixième année d’études et se prépare à débuter son internat. À partir de la fin de sa cinquième année, elle a commencé à souffrir de dépression. « [...] au début [...] j'avais du mal un peu à me motiver à travailler. [...] À partir de mi-novembre de ma sixième année, ça a commencé à être très, très régulier. Je pleurais beaucoup, beaucoup, tous les jours. Je n'arrivais pas à identifier pourquoi, je me sentais juste, très, très triste. Très, très triste. J'avais énormément de mal à me concentrer. [...] J'arrivais plus à sortir du lit, j'arrivais plus à trouver de l'intérêt, de la motivation à ce que je faisais. Et je pense que ça, c'était vraiment le pire. Décembre-janvier je pense que ça a vraiment été la période la plus difficile, où je me réveillais et je savais même pas pourquoi je me réveillais ».

Pour soigner sa dépression, elle a réussi à trouver du soutien auprès d’une psychiatre. « [...] ça a commencé à aller mieux quand... Un moment je me suis dit "je vais pas m'en sortir toute seule". [...] la chance que j'ai eue c'est que j'ai une amie qui a vécu un petit peu la même chose que moi, mais avant moi, et qui du coup a eu ces étapes de réflexion [...] Et elle, elle a été chercher un soutien, parce que la faculté nous propose des consultations de prévention avec des psychiatres qu'on contacte par mail [...] elle avait déjà fait le chemin avant moi, et je pense que de voir qu'elle a fait ce chemin-là et que ça l'avait aidée, ça m'a permis à moi de me dire "bah j'ai le droit aussi de faire ce chemin-là. J'ai le droit d'aller demander de l'aide". [...] Et j'ai eu la chance de tomber sur une psychiatre vraiment, vraiment super. Je pense que c'est exactement la personne dont j'avais besoin à ce moment-là. » Sa famille, sa copine ainsi que ses activités extra-universitaires – et en particulier le chant (« quand je chante [...] Je pense à rien, je vis juste l'instant présent. Je pense que ça fait partie des moments où je suis le plus en contact avec mes émotions. ») – ont également été très importants pour elle, ainsi que son stage récent à la PASS (Permanence d'accès aux soins de santé) de l’Hôtel-Dieu. « [...] c'est vrai que le fait de me lever pour aller quelque part, pour faire quelque chose que j'aime – parce qu'en fait j'aime vraiment ce que je fais, j'adore être au contact des patients et je me sens vraiment à ma place quand je fais ça – ça m'aidait à me lever. Clairement ça m'aidait à sortir du lit. [...] quand j'avais pas à penser à moi, quand j'étais pas repliée sur moi et que j'étais entre guillemets obligée d'interagir avec les gens, c'était plus facile. Parce que j'avais une raison de faire ce que je faisais. J'avais presque une obligation ».

Pauline souhaiterait « faire un internat de médecine générale ». « [...] la transversalité et le côté proche de la vie des gens et le suivi sur le long terme, c'est vraiment ce qui m'intéresse dans la médecine. ». À l’issue de ses études, elle aimerait exercer au contact des populations les plus fragiles. « [...] mon stage à la PASS... C'est des médecins généralistes qui travaillent là-bas, et j'ai vraiment adoré ce côté médecine sociale. Ce côté où on est confronté à des problèmes qui ne sont pas que de la médecine pure, et ça permet de se rendre compte que le soin c'est pas que de la médecine. C'est un tout en fait. [...] donc pourquoi pas travailler dans une structure comme ça ? ».

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« [L'anxiété] s'est manifestée à partir du premier confinement, parce que déjà, ma mère était sujet à risque. Donc, il a fallu s'adapter. La peur a fait qu'on s'est retrouvés devant un mur, en ne sachant pas quoi faire. Donc quand c'est comme ça, on se referme sur nous-mêmes, et quand le président dit "restez chez vous, on est en guerre", bah on reste chez nous, on est en guerre. Donc, je suis resté chez moi pendant trois mois ».

Raphaël (nom d’emprunt), 19 ans, est étudiant en première année de droit. Il a souhaité témoigner anonymement car « cela rend les choses plus faciles, peut-être pour combattre la timidité ou bien pour permettre d’être le plus honnête avec son histoire personnelle ». Raphael a souffert d’anxiété pendant les confinements imposés dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19. Il est également hypocondriaque et le contexte né de la pandémie a été particulièrement difficile pour lui, qui avait comme objectif d'intégrer la fac de médecine après l'obtention de son bac : « ça ne s'est pas passé comme prévu puisque le Covid a affecté totalement mes envies et j'ai compris que mon hypocondrie allait prendre le dessus en médecine. [...] J'ai commencé à ressentir des boules au niveau de la poitrine. Les images qu'on voyait à la télé ont été encore pires parce qu'elles ont accentué une hypocondrie [...] ».

Malgré cela, Raphaël a persévéré, et à l’aide de son entourage, de sa copine mais également de la pratique du sport (« c'est vraiment super important pour moi. C'est devenu indispensable parce que ça me permet de relâcher la pression »), il a réussi à finir son deuxième semestre. « Rien n'est joué, mais c'est quand même une réussite. Au pire des cas, c'est une expérience et il faut toujours garder toute expérience comme positive ». Pour lui, « il faut trouver cet équilibre entre se laisser le plan de sortie – en sachant que si ça ne réussit pas dans cette voie-là, ça réussira autre part – mais de l'autre, continuer à persévérer dans ce qu'on fait et essayer de tout faire parce que ça va réussir. Parce que si d'autres ont réussi, pourquoi moi je ne réussirais pas ? ».

Raphaël se définit comme un épicurien. « J'aime la vie [...] Les plaisirs de la vie. [...] être curieux, découvrir d'autres choses, s'ouvrir au monde, aller vers l'autre ». Après ses études, son souhait est de « peut-être passer le CRFPA (Concours du Centre régional de formation professionnelle des avocats) pour devenir avocat ».

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©2021 Mirza Durakovic